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La lutte contre la pauvreté par l’économie sociale et solidaire au Burkina Faso : une dynamique de transformation sociale ?

Depuis le milieu des années 2000, un ensemble de structures de la société civile burkinabè revendiquent leur appartenance à l’économie sociale et solidaire (ESS) tout en se donnant pour objectif de lutter contre la pauvreté. La pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui résulte à la fois de circonstances individuelles, mais aussi de causes sociales et structurelles.Ainsi, nous supposons que pour s’émanciper de la pauvreté, les individus ou les groupes doivent accroître leurs pouvoirs, en exerçant un contrôle sur leur existence, leur environnement ainsi que sur les ressources disponibles afin d’aboutir à une transformation des structures sociales et économiques qui les marginalisent. De plus, cette idée de la transformation sociale est enracinée dans certaines visions contestatrices de l’ESS qui envisage cette dernière non pas comme une économie palliative, mais plutôt comme une alternative au capitalisme qui serait source de fortes inégalités et d’exclusions.En cherchant à comprendre comment l’ESS contribue à la réduction de la pauvreté au Burkina Faso, nous posons la question suivante : est-ce que la lutte contre la pauvreté telle que menée au sein des organisations de l’ESS s’inscrit dans une perspective de transformation sociale ? La réponse à cette problématique nécessite de disposer d’une grille d’analyse permettant d’apprécier à la fois le caractère multidimensionnel de la pauvreté ainsi que la présence ou l’absence d’une dynamique de transformation sociale. Dans cette perspective, nous construisons un cadre théorique fondé sur les multiples dimensions et interprétations de l’empowerment qui permettent de tracer des trajectoires allant de la situation du statu quo à celle de la transformation sociale. De plus, nous mobilisons une méthodologie qualitative essentiellement caractérisée par la réalisation de 62 entretiens semi-directifs avec divers acteurs de l’ESS (responsables, membres, bénéficiaires). Notre étude aboutit à quatre principaux résultats. (1) Si certaines pratiques (coopératives, coopératives d’épargnes et de crédit, systèmes financiers décentralisés, etc.) ont fait l’objet de nombreuses études, dans le contexte burkinabè le concept d’ESS est un objet insuffisamment étudié pour lui-même. (2) Nous montrons qu’au Burkina Faso, l’émergence du concept d’ESS et des formes d’organisations qui lui sont attachées est le fruit d’un long transfert qui s’est opéré à différentes périodes, selon différents acteurs, logiques et modalités. (3) Nous montrons que les organisations de l’ESS contribuent à la lutte contre la pauvreté notamment à travers la mise en place d’activités génératrices de revenus qui concourent à l’empowerment des individus. (4) Nous constatons au sein des organisations étudiées qu’à défaut d’être inexistante, la dynamique de transformation sociale caractérisée par un empowerment collectif reste souvent embryonnaire. La lutte contre la pauvreté dans ces organisations s’inscrit davantage dans l’idée d’une "autonomisation" des individus — dans un environnement où le marché est l’instance régulatrice — plutôt que dans une remise en cause globale des structures économiques et sociales (empowerment radical). Le caractère embryonnaire de la transformation sociale peut également s’observer à l’échelle des réseaux de promotion de l’ESS. En effet, ces derniers tendent à s’inscrire dans une approche palliative de l’ESS plutôt que dans une approche contestatrice entendue comme la formulation de projets alternatifs au capitalisme. Ainsi, la dimension idéologique de l’ESS est peu ou pas présente au sein de ces réseaux qui sont davantage vécus comme des espaces de mobilisation de ressources et de compétences plutôt que des espaces de mobilisation sociale autour d’un projet politique dans le but de faire advenir une utopie.

https://www.theses.fr/2021LYSE2061