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L’évaluation de l’économie sociale et solidaire : une perspective critique et internationale

L’économie sociale constitue une forme d’économie distincte de l’économie capitaliste et de l’économie publique. Elle est reconnue pour sa capacité à répondre aux besoins émergents et aux nouvelles attentes sociales, notamment dans les contextes de crises marquées par des transformations socioéconomiques. Depuis une trentaine d’années, les composantes à dominante non marchande de l’économie sociale (organismes à but non lucratif et coopératives ne distribuant pas de ristournes) ont pris une place importante dans la production de services publics, alors que ses composantes à dominante marchande (coopératives et mutuelles) ont eu à articuler les économies locales aux marchés mondialisés. De plus en plus, l’économie sociale occupe une place significative, avec le marché et l’État, au sein d’une nouvelle économie plurielle en émergence. L’économie sociale n’est plus un phénomène résiduel mais bien un pôle institutionnel de l’économie, et elle se développe en interface avec les institutions publiques et les entreprises à finalité lucrative. Dans ce contexte, l’évaluation prend une importance nouvelle. En effet, des demandes sont formulées, tant par les pouvoirs publics que par les acteurs, pour que soit évaluée la contribution de ce secteur.
Toutefois, l’économie sociale est un phénomène encore relativement peu documenté et qui demeure sous-théorisé, notamment en ce qui concerne sa contribution aux dynamiques de développement. L’absence de méthodologies et d’indicateurs propres à l’économie sociale fragilise son positionnement de même que sa capacité à participer aux grands débats de société. La complexification des modalités de prise en charge de l’intérêt général, engageant une pluralité d’acteurs socioéconomiques (publics, privés et d’économie sociale), implique la complexification des critères légitimes d’évaluation des activités susceptibles d’y contribuer. En raison de la multiplicité des parties prenantes de l’évaluation (stakeholders), il est difficile de s’accorder sur ce qu’il faut évaluer et sur la manière dont il faut le faire. La variété des champs de l’économie sociale, leur degré d’ancrage dans les politiques publiques et leur inscription inégale dans le marché posent de redoutables défis à la lisibilité de ce qui fait la cohérence de sa contribution spécifique. Faute d’indicateurs appropriés, les gouvernements tendent à évaluer l’économie sociale exclusivement en termes d’emplois créés (Eme et Laville, 1994 ; Laville, 1999 ; Vivet et Thiry, 2000). Par conséquent, l’une de ses compétences particulières, soit combiner l’économique et le social dans une visée d’intérêt général, demeure peu valorisée par les outils existants
(Bouchard, Bourque et Lévesque, 2001). De plus, on observe une « concurrence »
sur la spécificité de l’économie sociale faite par les discours et les pratiques de
responsabilité sociale et environnementale des entreprises capitalistes (Zadek,
Pruzan et Evans, 1997 ; Bouchard et Rondeau, 2003), entraînant un risque de
banalisation de l’économie sociale. Or, seules les organisations d’économie sociale
intègrent le social à l’économique au plan institutionnel (lois, règles, conventions)
(Demoustier, 2001 ; Vienney, 1980), au lieu d’offrir une simple réponse organisationnelle et discrétionnaire (donc variable et instable) (Gendron, 2000).
D’où l’intérêt de chercher à mieux comprendre la manière dont l’économie sociale
performe et se distingue des autres formes d’économie.

Plus de détails dans le document ci-joint